Etretat, les portes de Caux

Le charme à la fois sauvage et désuet d’Etretat fait toujours recette grâce à un site béni des dieux, aux falaises toutes d’aiguilles et de portes… et aux célèbres galets incomparablement polis.

« Malgré les charmes de Saint-Raphaël, si j’avais à montrer la mer à un ami pour la première fois, c’est Etretat que je choisirais. » L’éloge vient du romancier Alphonse Karr, qui a beaucoup fait pour la renommée de cette petite station balnéaire nichée dans un écrin naturel exceptionnel. Aujourd’hui encore, le voyageur le moins bien disposé peut difficilement résister à l’envie de fouler les légendaires galets polis par le temps, de se glisser dans une mer d’une étonnante pureté ou de méditer sur le sens de cette aiguille et de ces portes découpées dans l’impressionnante masse de craie blanche. Le temps semble avoir suspendu son vol au-dessus du village, qui reste comme figé à un apogée qu’il faudrait situer au début du siècle.

L’histoire d’Etretat ne commence pas avec la station balnéaire. Loin s’en faut. L’archéologie nous dit qu’il existait déjà au temps des Romains, qui avaient construit une route reliant la localité à Juliobonna (Lillebonne), la grande ville portuaire des bords de la Seine. Etretat est longtemps resté un modeste bourg de pêcheurs comme il en existait à chaque débouché de vallées d’un peu d’importance de la façade du pays de Caux.

Pour la pêche au hareng, au maquereau et au merlan, jusqu’à Dieppe, les etretatais utilisaient de lourds caïques ventrus, stables mais peu rapides. Pour la pêche côtière, ils se servaient de canots plus petits et mettaient parfois à l’eau des seines, ces longs filets qui permettaient de fermer une partie de la baie et de piéger le poisson. Les habitants formaient une communauté semi-autarcique aux pratiques égalitaires, en particulier dans la répartition du produit de la pêche. Avec les caïques désarmés, les pêcheurs faisaient des caloges, c’est-à-dire des cabanes qui servaient à entreposer les aussières, le matériel de pêche, les paniers d’osier…

Le faubourg de la Marseille du Nord

Après avoir failli devenir un port militaire, Etretat entrera dans l’histoire comme une station à la mode. Le petit bourg n’a probablement pas perdu au change. Le site fut d’abord découvert par des peintres, puis attira, derrière Alphonse Karr, des artistes célèbres. Les mauvais chemins qui desservaient la localité seront remplacés par de véritables routes vers Fécamp et Le Havre. En 1852, le casino ouvre ses portes, puis des établissements de bains, des sociétés de régates, des tennis et un golf. L’avocat général Raymond Lindon, maire d’Etretat entre 1929 et 1959, estimait que la période la plus brillante de la ville se situait au cours de la dernière décennie du second Empire. L’abbé Jean-Bernard Cochet disait qu’à cette époque Etretat était devenue le « faubourg de la Marseille du Nord » Les villas de brique et silex aux toits d’ardoise partent à l’ascension des coteaux, et l’immobilier devient hors de prix. L’été, plusieurs quotidiens se disputent les faveurs des touristes qui veulent se tenir au courant des nouvelles locales.

La plage des artistes et des écrivains


Les peintres Claude Monet, Eugène Boudin, Gustave Courbet, Camille Corot, le compositeur des. Jacques Offenbach, les écrivains André Gide, Maurice Leblanc, Guy de Maupassant et Samuel Beckett tombèrent amoureux du site. Mais la ville ce n’était pas que la « plage des artistes et des écrivains » comme le vantait la publicité, elle était aussi une station fréquentée par la bonne société. « Beaucoup de familles parisiennes ont fait d’Etretat leur séjour de vacances favori et, génération après génération, sont restées des habituées de la plage », explique Raymond Lindon. Aujourd’hui encore, ces familiers sont appelés les « vieux galets ». Concurrencé par les plages de l’Atlantique et de la Méditerranée, de mieux en mieux reliées à Paris, Etretat perdit peu à peu de son attrait. Mais la station a conservé de ce délaissement son charme Belle Epoque, et ses environs, un côté sans âge que beaucoup de sites leur envient.

A visiter sur Etretat

La falaise d’Aval

Chaque année, des dizaines de milliers de visiteurs foulent les pentes de la falaise d’Aval pour prendre de la hauteur et apercevoir d’un coup d’oeil tout le village dans sa vallée. L’accès se fait au bout de la digue-promenade par un petit escalier qui se transforme vite en sentier abrupt. Au sommet de la falaise apparaît la porte d’Aval et la célèbre aiguille qui émerge à 70 mètres au-dessus des eaux de la Manche. Les plus courageux visiteront la Chambre des demoiselles, plantée sur un escarpement rocheux. Elle tire son nom de trois jeunes sœurs qui auraient été enfermées, nues, dans cette grotte par un chevalier local tyrannique auquel elles s’étaient refusées. Trois jours plus tard, elles seraient mortes et des nächeurs auraient aperçu leurs âmes monter au ciel. Mais leurs fantômes hanteront les environs encore longtemps et feront périr leur persécuteur.

En poursuivant le long de la falaise, on peut apercevoir une seconde arche, la Manneporte, et encore au-delà le port pétrolier d’Antifer dont l’implantation a fait disparaître l’adorable valleuse de Saint-Jouin.

La falaise d’Amont

Comme la falaise d’Aval, celle d’Amont est accessible par un escalier prolongé par un sentier qui mène à la chapelle Notre-Dame-de-la-Garde, détruite en 1944 et reconstruite en 1950. Derrière, une flèche de béton inclinée à 60 degrés rappelle le souvenir des aviateurs Charles Nungesser et François Coli, qui tentèrent, les premiers, la traversée de l’Atlantique. C’est à cet endroit que leur biplan, l’Oiseau blanc, fut aperçu pour la dernière fois, le 8 mai 1927, peu après son décollage de l’aérodrome du Bourget, près de Paris. Du monument initial, détruit comme la chapelle durant la Seconde Guerre mondiale, il ne subsiste que le socle où est dessiné l’avion. Dans un petit musée attenant au monument actuel, érigé en 1962, sont conservés des documents et des photos évoquant ce raid et ces aviateurs. En poursuivant le long de la falaise, on peut apercevoir une autre aiguille, celle de Belval, haute de 40 mètres, en face de la valleuse de Bénouville où, à la fin du siècle dernier, furent creusés dans la craie un tunnel et un escalier permettant de gagner le rivage. Cet étonnant passage, qui n’est plus entretenu depuis une dizaine d’années, est aujourd’hui malheureusement impraticable.

L’église Notre-Dame

L’abbé archéologue Jean-Benoît Cochet, natif du lieu, croyait reconnaître dans l’église Notre-Dame d’Etretat les « mains » de l’architecte qui a construit la somptueuse église abbatiale de la Trinité de Fécamp. Comme cette dernière, sa construction est entourée d’un halo de légendes. Elle aurait été érigée par sainte Olive, une riche femme du pays, pour remercier Dieu de lui avoir permis de survivre à un raid de « Sarrasins », ainsi qu’étaient parfois appelés les Normands restés païens au Moyen Age. En tout cas, il est sûr que la partie la plus remarquable de cette église, son portail, un chef-d’œuvre de l’art roman, date du XIe siècle.

À visiter autour d’Etretat