Cabourg – La belle Epoque

Cabourg a le charme désuet de la villégiature tranquille. Ici, pas de néons tapageurs, ni de luxe ostentatoire, on est entre gens de bonne compagnie, à l’aisance discrète, jaloux de cette douceur romantique qui fait le charme cossu de la station préférée de Marcel Proust. La vie tranquille des quelques pêcheurs du vieux Cabourg, installés depuis toujours sur le rive gauche de la Dives (à la hauteur de l’actuelle rue du Commerce, entre la mairie et l’hippodrome), a pris fin en 1853 avec l’arrivée conquérante d’un homme d’affaires parisien, Henri Durand-Morimbeau, et de son ami Achille Collin, directeur d’un théâtre parisien. La vogue des bains de mer, lancée à Dieppe par la duchesse de Berry quelques années auparavant, a aiguisé bien des appétits immobiliers sur la côte normande. Et les dunes à lapins du bord de mer, qu’on appelait alors les dunes de Dives, semblaient le site idéal pour y créer un nouvel « établissement de bains de mer » pour les Parisiens fortunés candidats à la trempette salvatrice. Sitôt rentrés à Paris, les deux compères battront le rappel de leurs amis du Tout-Paris de l’époque, mêlant hommes de spectacle, journalistes et écrivains, dont Théophile Gautier, pour fonder le premier établissement de bains casino de Cabourg, inauguré en 1855.

La station second empire

Les dunes nivelées, les rues plantées de tilleuls, de sycomores et d’acacias, les plans de la nouvelle station sont tracés en forme d’éventail, un ville amphithéâtre en quelque sorte, avec en point de mire le casino, un choix qui marque encore aujourd’hui la physionomie de Cabourg… et sa circulation automobile. Comme pour la plupart des stations de la Côte
LES LAPINS DE PRÉ fleurie, la naissance sera chaotique. Les lapins des dunes prendront leur revanche en grignotant jusqu’au dernier sycomore à l’occasion d’un hiver particulièrement rigoureux. La société de DurandMorimbeau fera faillite, sous les quolibets de la presse parisienne, qui rira du « petit Sahara » de Cabourg où rien ne pousse. Mais, bon an mal an, les parcelles trouvent preneurs, et les villas de style second Empire émergent des sables. Le premier Grand Hôtel est édifié en bord de plage en 1861, rejoint par un nouveau casino, bâti en dur cette fois-ci (le premier était en bois). En 1885 débute la construction de la digue qui protégera la nouvelle station des assauts de la mer. Et les vieilles familles de pêcheurs abandonnent leurs filets pour ouvrir des commerces dans l’avenue de la Mer. L’histoire de Cabourg sera marquée par plusieurs riches Parisiens qui viendront y réaliser leurs rêves de bâtisseurs. Après DurandMorimbeau viendra Charles Bertrand, qui achètera les Grands Etablissements en 1892. Elu maire de la ville en 1896, il fera reconstruire le Grand Hôtel en 1907 dans son aspect actuel, hésitant entre style 1900 et Renaissance italienne. Marcel Proust sera séduit, il en fera son lieu de résidence d’été de 1907 à 1914. Cabourg connaîtra son apogée entre les deux guerres. Les Années folles y porteront bien leur nom, entre fêtes somptueuses, bals au Casino, courses de chevaux et premiers meetings d’aviation. Tous les nouveaux riches de l’époque se doivent de passer sur les dunes de Cabourg : Louis Renault, des automobiles du même nom, l’ancien président Poincaré, l’écrivain Louis Artus et bien d’autres. La chute sera d’autant plus rude, et Cabourg ne se remettra jamais vraiment de la crise des années 30 et de la guerre qui suivit. Occupées par les Allemands, les villas du bord de mer seront transformées en camp retranché.

Coquatrix-sur-Mer

Il faudra attendre 1956, et l’arrivée d’un autre riche Parisien, Bruno Coquatrix, le directeur de l’Olympia. pour redonner un peu de lustre à la station. Il prendra la tête des Grands Etablissements, avec dans ses bagages les têtes d’affiche du music-hall parisien, Edith Piaf, Marcel Amont, Gilbert Bécaud et bien d’autres. L’époque Coquatrix (élu maire de la ville en 1971). c’est aussi l’arrivée des grands promoteurs immobiliers, les Merlin et autres Ribourel, Cabourg 2000 d’un côté, Cap Cabourg de l’autre, voilà la petite station romantique encadrée par le béton, mais les villas du centre seront préservées. La population de la ville passe de 3 300 habitants l’hiver à 35 000 dès les premiers rayons de soleil, voire 50 000 les jours d’affluence. Il fallut toute l’imagination du promoteur Lesidaner pour raviver la flamme proustienne dans la ville champignon, en proposant à Bruno Coquatrix d’y créer le prix littéraire Marcel-Proust, alors qu’on avait un peu oublié le romancier sulfureux du début du siècle. Proust est devenu depuis un véritable argument de vente pour la station. Le Festival du film de Cabourg en est le dernier avatar. Si les jeunes s’y ennuient un peu, Cabourg est la station préférée des retraités, de plus en plus nombreux à venir y couler des jours heureux (ils représentent un tiers de la population permanente de la ville). Et ce ne sont pas les petits enfants qui s’en plaindront, eux qui viennent chaque été y passer quelques jours de vacances complices avec leurs papy et mamy du bord de mer.

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La promenade Marcel Proust

La digue, avec ses rambardes un peu rétro, fait le charme de Cabourg. Quand il était enfant, et qu’il venait passer quelques jours de vacances avec sa grand-mère sur la côte normande en 1881, Marcel Proust aimait particulièrement ces longues promenades
à deux sur la digue de Cabourg balayée par un petit vent frais, entre mer et villas, loin des bruits de la ville. Longue de trois kilomètres, la digue est le lieu de toutes les rencontres. Autrefois, on y trouvait des chevaux, des poneys et des ânes, ainsi que des loueurs de voitures. Les nouvelles vedettes se lançaient sur des tréteaux dressés devant le casino. On venait y prendre l’apéritif le dimanche midi, et la foule y était considérable. Marcel Proust parlait en 1911 d’un « orchestre de grosses femmes qui jouaient sur la plage avec des cors de chasse et des pistons… C’est à se jeter dans la mer, de mélancolie… ».

Le Grand Hôtel

ENTRE PENSION DE FAMILLE DE LUXE ET ROMANTISME SULFUREUX
Chaque été, le Grand Hôtel de Cabourg retrouve sa clientèle d’habitués, ceux qui viennent toujours aux mêmes dates, dans la même chambre au même papier peint vieillissant, avec les sempiternels rituels du matin au soir, la même table dans la grande salle du restaurant, et cette chère gouvernante qui leur prépare si bien le thé de 5 heures dans les salons du bar. C’est l’éternel ballet spectacle de la villégiature mondaine. Le temps suspend son vol pour un été, les choses restent immuables sous les ors rococo de l’hôtel désuet. Marcel Proust, toujours hanté par ses crises d’asthme que l’air marin semblait atténuer, reprend le chemin de la plage de son enfance en 1907, alors que l’hôtel vient d’être reconstruit dans sa forme actuelle. Jusqu’en 1914, le romancier viendra chaque été s’enfermer dans sa chambre du Grand Hôtel, loin du bruit, du soleil et des courants d’air, qu’il redoutait par-dessus tout, pour y écrire entre autres A l’ombre des jeunes filles en fleurs, dans un Cabourg rebaptisé « Balbec ». L’image de ce Marcel Proust sulfureux cohabitant avec la société la plus rigide et la plus guindée reste collée au Grand Hôtel. Encore aujourd’hui, cette ambiance de pension de famille compassée reste le refuge idéal pour les séjours furtifs, les amours illégitimes ou les stars en mal d’anonymat (Sting, Patrick Bruel, Jean-Louis Aubert et bien d’autres ont profité de la discrétion cabourgeaise).

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